jeudi 6 mars 2014

Le coup d'état intellectuel aura-t-il lieu ?

     Internet, vaste conflit.

  Aux sources d’internet, il y a la communication et l’échange d’informations, que ce soit dans le cadre militaire ou universitaire. Une même source pour deux objectifs toujours en conflit depuis. Pour l’armée, il s’agit de capter, d’enregistrer, de sauvegarder, de stocker des informations, dans un cadre strictement privé. A contrario, les chercheurs du MIT d’abord et les partisans, entre autres, de l’open source aujourd’hui, voient depuis toujours dans ce fabuleux réseau un moyen d’échanges d’informations et de connaissances, transparent et accessible à tous. Un troisième élément s’est ajouté à cela dans le courant des années 90, c’est la prise en main d’une partie d’internet par des firmes transnationales (Amazon, Aol etc.) et publicitaires, toujours plus importantes.
  Sur internet, tout ou presque est en libre accès et c’est à chacun de se faire une idée de ce qu’il voit, ce qu’il lit, ce qui peut conduire aux pires extravagances et élucubrations en tout genre, mais aussi au meilleur. Cependant, ce n’est pas pour plaire ni aux Etats policiers grandissants partout dans le monde Occidental[1] qui cherchent à contrôler de plus en plus internet, ni aux firmes transnational qui cherchent à privatiser le plus possible l’internet face aux combattants du libre qui demeurent très minoritaires. N’oublions pas non plus que les Etats au travers de leurs services secrets et les grands groupes de l’internet travaillent le plus souvent main dans la main. De tel sorte que « vous accordez à Facebook le droit irrévocable, perpétuel, non-exclusif, transférable, transférable mondialement, d’utiliser, copier, publier, diffuser, stocker, exécuter, transmettre, scanner, modifier, éditer, traduire, adapter, redistribuer n’importe quel contenu déposé sur le site ». Tout ceci en lien direct avec la C.I.A. Les révélations récentes d’Edward Snowden ayant fait découvrir cela au plus grand nombre, je ne m’étendrai pas davantage là-dessus.
 
   Dual-boot pour la révolution intellectuelle.

  La révolution intellectuelle, si elle doit avoir lieu aujourd’hui, se fera par internet, j’en suis convaincu. Cependant, rien n’est moins sûre qu’elle ait lieu.
  Plus que jamais, internet et les libertés qui vont avec sont menacées, l’actualité en fait écho de plus en plus, et la nouvelle « affaire Dieudonné », à laquelle je ne prendrai pas parti ici, a mis en avant la manière dont l’Etat cherche à contrôler de plus en plus internet.[2] De l’autre côté, la publicité et les firmes transnationales condamnent chaque jour davantage internet en faisant intervenir toujours plus de publicité, en alliant vidéos « comiques » et promotion pour une banque, une voiture ou autre.[3]
  Internet sera donc la source de la société de demain, qu’elle tende vers le fascisme moderne poussé à son extrême par l’intermédiaire d’un contenu toujours plus similaire à celui de la télévision ou bien que ce soit une société de l’éveil citoyen où chacun pourrait être à même de se former et de s’instruire pour être acteur de la vie politique.

La wiki school.

  Internet met à la portée de tous les moyens de l’information et de la culture – que ce soit une fois de plus pour le meilleur comme pour le pire, mais c’est en cela aussi et surtout que c’est un lieu profondément démocratique. N’importe qui peut avoir accès aujourd’hui à des cours, des conférences, des colloques, audios ou vidéos, mais aussi à des centaines de pages d’articles et de livres, en libre accès, gratuitement et à domicile.
Mais, plus encore, internet est avant tout un lieu d’échange et de réflexion qui prend forme au travers des réseaux sociaux parfois mais aussi et surtout via les sites et pages « wiki » dont Wikipedia demeure la formule la plus célèbre.  Pour la première fois dans le monde, des millions et même des milliards de personnes sont à mêmes de se documenter, de produire des recherches, de se cultiver, de s’informer, d’échanger, de coproduire ensemble s’ils choisissent le chemin qui font d’eux des consciences éveillées et dissidentes plutôt que de simple consommateur libidineux et passifs d’un contenu essentiellement divertissant qui vise à les enterrer dans leur état d’esclave moderne. Néanmoins, cette seconde forme semble être la plus rependue et pourrait bien mettre un terme à tout espoir de coup d’état intellectuel.
  L’enjeux s’avère pourtant être d’une grande ampleur à l’heure où des ouvriers et petits entrepreneurs pourraient parfois mieux maîtriser des sujets économiques et sociaux que certains « experts » qui se contentent d’afficher leur diplôme obtenu vingt ou trente ans plus tôt tout en travaillant à la solde de banques ou de grands groupes financiers.
  Il semble nécessaire alors et plus que jamais de rependre l’esprit « wiki » de partage et d’abondance des connaissances dans tous les domaines.

S’informer c’est agir !
  C’est parce qu’il faut toujours « agir en homme de pensée et penser en homme d'action » comme le disait Bergson que la pratique seule n’a aucun sens et la théorie purement spéculative n’en a pas davantage. Aussi, s’informer et s’instruire n’est que la première étape vers une émancipation bien plus grande qui passe par l’action. Ces actions peuvent aller de l’écriture à des actes quotidiens et simples qui sont à même de changer les structures d’une société qui ne peut être transformée que par sa base et rarement par le haut d’où elle commence toujours par pourrir comme le signalait Mao
  Internet peut donc être un véritable outil de révolution. Une révolution qui ne serait pas pilotée par l’extérieur et qui finirait dans un bain de sang mais plutôt une révolution de la base entraînant un réel sursaut démocratique au sens premier du terme. Nous avons les moyens de reprendre le pouvoir, qu’attendons-nous ?
  Utopie ou dernier rempart face au fascisme moderne ? Seul les temps à venir nous le diront…


Loïc Chaigneau


[1] Cf. Le Nouveau Fascisme – Loïc Chaigneau, Chapitre III. 2013
[2] http://allainjules.com/2014/02/21/exclusif-dieudonne-comment-youtube-manipule-desormais-le-compteur-de-ses-videos/
[3] Cf. Les videos de Cyprien en partenariat avec le Crédit Agricole ou les vidéos de Gonzague.

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